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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 11:38

NAPOLÉON ET SA LÉGENDE DORÉE

Napoléon et sa légende dorée : et si on mettait les pieds dans le plat...

Et si on mettait les pieds dans le plat...

Napoléon était un génie militaire, mais aussi, on l'oublie trop souvent, un génie de la communication du bulletin de la Grande Armée, qu'il écrivait souvent lui-même, à Sainte-Hélène où il a joué au martyr et voulu réécrire l'histoire napoléonienne avec Las Cazes. Dans sa redingote grise avec son bicorne porté à l'envers, il a toujours veillé à construire sa propre légende. Quant à son bilan, en 1815, il a laissé la France plus petite, saignée à blanc dans sa population mâle, totalement ruinée, isolée sur le plan européen, avec le rétablissement de la monarchie en héritage. Avec un tel bilan, on a un droit d'inventaire. 

Despote, Napoléon a supprimé la presse, passée de 80 journaux à 4. Il a assassiné la République, remplacée par le Consulat puis l'Empire, créé une nouvelle aristocratie, puisé dans les caisses de l'Etat pour arroser les tenants du régime, pillé l'Europe et ses oeuvres d'art, donné des constitutions aux peuples conquis sans jamais les appliquer, et peuplé les trônes d'Europe de ses frères et soeurs tous plus incompétents les uns que les autres. Reste la gloire militaire, elle est réelle, mais Napoléon n'a jamais recherché la paix. Il a cherché à créer un empire, ce qui a multiplié les coalitions contre la France et créé l'épopée de l'Aigle et tout son romantisme, pour masquer une triste réalité : sa volonté à vouloir dominer l'Europe par la force. En réalité, un million de morts jonchent le parcours de Napoléon. 

La légende napoléonienne, c'est aussi le Code civil dit Code Napoléon. En fait, le Code civil était déjà presque entièrement rédigé à l'arrivée de Bonaparte au pouvoir, mais les turbulences révolutionnaires n'avaient pas permis de valider le texte rédigé par Cambacérès. Les préfets, nouveau nom tout droit sorti de l'Empire romain, en réalité des commissaires de la République créés cinq ans avant sa prise de pouvoir. La Banque de France, vaste rigolade : celle de Napoléon était privée et aux mains des financiers du régime. La reprise en main de l'Université et la soi-disant création des lycées, encore une référence à l'Antiquité, anciennement appelés Écoles centrales, puis après 1815, Écoles royales. Les « lycées » existaient déjà, mais ils illustrent la mainmise de l'Etat napoléonien sur l'éducation de la bourgeoisie et sa militarisation, uniformes compris. Napoléon à réorganisé la France en en faisant une immense caserne.

Reste le Concordat, qui achève l'alliance du "sabre et du goupillon" et redonne à l'Église catholique une place centrale de contrôle des moeurs et des populations. Et pour finir, la société sous Napoléon est contrôlée par une multitude de polices, mouches et mouchards comme jamais la France n'en avait connu. Napoléon est un peu comme sa communication, deux célèbres tableaux en sont l'illustration. Napoléon au pont d'Arcole, en tête des troupes drapeau au vent... mais cinq minutes après, le général tombe du pont dans les marais et manque de se noyer. Le pont sera pris par d'autres le lendemain. Comme la traversée des Alpes sur son cheval blanc... En réalité Napoléon a franchi les cols sur un mauvais mulet tenu à la main par un guide local ! De l'histoire à la légende...

Napoléon, c'est avant tout l'inventeur du « story telling» en politique. Une légende militaire incontestable, mais aussi un despote mégalomane, et l'échec d'une politique qui a coûté 50 ans de retard à la France dans son développement économique en pleine révolution industrielle. Son triste bilan est incontestable, mais la légende perdure, avec son romantisme ... et ses amnésies. Tout le monde se souvient du tableau d'Antoine-Jean Gros « Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa », mais sait-on que quelques jours avant Bonaparte, il avait fait exécuter 3000 prisonniers mamelouks à la baïonnette pour économiser la poudre, afin de terroriser les populations locales. Entre la mise en scène de ses bons sentiments et la réalité du moment, il y a un gouffre, d'autant que rien de cette scène avec les pestiférés n'est vraiment documenté historiquement. Propagande quand tu nous tiens !

Je terminerai par un mot sur les débats actuels : faut-il commémorer Napoléon Bonaparte? Oui bien sûr, commémorer c'est se souvenir ensemble, une occasion de regarder ensemble notre histoire sans anachronisme, mais aussi sans le folklore du roman national. Une occasion de faire le point sur les dernières recherches historiques et de donner le goût de l'histoire aux jeunes générations. Se souvenir ensemble des gloires militaires, mais aussi des désastres occasionnés par ce régime. Commémorer n'est pas célébrer, car célébrer empêche l'analyse critique et fait tomber obligatoirement du côté de la légende dorée et non de l'Histoire.

Deux débats animent aujourd'hui le landernau médiatique : le rétablissement de l'esclavage, et l'attitude de Napoléon envers les femmes reléguées au rôle de mineures dans le Code civil. Sur ce dernier point, il ne faut pas faire d'anachronisme : Napoléon est le fruit de son époque, il est aussi pour le moins marqué par ses origines méditerranéennes. Les Révolutionnaires étaient tout aussi machistes et la Révolution, faite aussi grâce aux femmes, ne leur accordera aucun nouveau droit significatif. Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, compare le statut des esclaves et la condition des femmes pour lesquelles elle rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Son engagement et ses écrits pour les deux causes en feront une victime de l'échafaud le 3 novembre 1793. En cela, Napoléon était malheureusement de son temps, comme la Convention et comme le Code civil.

Transition facile pour mon dernier point : le rétablissement de l'esclavage par Napoléon en 1802. Depuis 1794 en Guadeloupe, à Saint-Domingue (Haïti) et dans toutes les colonies françaises, les esclaves devenus citoyens avaient goûté à la liberté, ils avaient participé au mouvement révolutionnaire, s'étaient engagés dans les troupes de la Révolution. Certains devinrent même généraux de la République, comme Toussaint Louverture ou Pétion. Jean-Baptiste Belley sera élu député à la Convention avec son collègue Mills, mulâtre comme on disait à l'époque. Ils furent les premiers députés noirs de l'histoire de France !

Le rétablissement de l'esclavage en 1802 est bien sur une faute morale grave, qui démontre une fois de plus le peu d'intérêt du tyran pour les avancées de la Révolution. 

Napoléon n'était pas un fils des Lumières mais un admirateur de l'Empire romain. Ce rétablissement n'est pas passé inaperçu. L'abbé Grégoire et l'Académie des Sciences Morales s'y sont fortement opposés. La réponse de Napoléon fut de fermer purement et simplement l'Académie. Le rétablissement est aussi une faute géopolitique qui se terminera par la première défaite militaire des troupes de Napoléon, battues à Saint-Domingue par la révolte des esclaves, ce qui obligera Napoléon à brader la Louisiane aux USA (soit la totalité de la vallée du Mississippi à l'époque) que la perte de Saint-Domingue ne permettait plus de défendre. Il valait mieux la vendre que de la perdre à cause des Espagnols, des Anglais...ou des Américains! 

En conclusion, n'oublions jamais que, le 5 octobre 1785 avant de mater dans le sang l'insurrection royaliste du 13 vendémiaire, Napoléon se donna un quart d'heure pour savoir s'il appliquerait les ordres du gouvernement ou s'il rejoindrait l'insurrection. Au bout d'un quart d'heure de réflexion, il considéra que pour sa carrière et son avenir, et seulement pour cela, il devait mater la révolte. Bonaparte l'a écrit lui-même à son frère quelques jours après. 300 morts jonchèrent le pavé parisien, l'avenir de la République n'avait pas compté un instant dans son choix. Il est devenu le Général Vendémiaire, nouvelle coqueluche du Tout-Paris. L'Aigle avait pris son envol pour la plus grande gloire et le plus grand malheur de la France.

Michel Teychenné

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commentaires

Léon-Pierre GALY-GASPARROU 05/05/2021 09:53

L'analyse est juste qui vient en rupture avec le consensus laudateur des prétendus "Républicains" qui ont salué chez ce despote l'accaparement de l'idéal révolutionnaire des origines par une élite gestionnaire qui n'avait aucun intérêt a ce que la République devienne sociale.....Mais comme nul n'est tout a fait mauvais il parait que Bonaparte était un excellent cavalier !